Une situation de surabondance électrique inédite
En l’espace de deux ans, le contexte énergétique français s’est profondément transformé. En 2022, la crainte d’une pénurie d’électricité dominait, alimentée par les difficultés du parc nucléaire et une production hydraulique en berne. Aujourd’hui, la situation est inversée.
La remise en service progressive des réacteurs, le redressement de l’hydraulique et l’essor rapide du solaire ont conduit à une surabondance estimée à près de 120 térawattheures, soit environ un quart de la consommation annuelle du pays. Cette évolution rapide a pris de court les projections initiales de la programmation pluriannuelle de l’énergie, désormais jugées inadaptées.
Le risque de suréquipements et de surcoûts
Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité alerte sur les conséquences d’un maintien du rythme initialement prévu pour le solaire. Le scénario le plus ambitieux, fondé sur un ajout annuel de plusieurs gigawatts de capacités photovoltaïques, pourrait entraîner des suréquipements coûteux et une sous-utilisation durable des installations.
Ces actifs, bien que techniquement opérationnels, produiraient peu en raison du décalage croissant entre les périodes de production solaire et les besoins de consommation. Pour autant, ralentir excessivement le déploiement comporte aussi des risques. Un rythme trop faible exposerait le système à de nouvelles tensions en cas de reprise rapide de la demande, avec à la clé des surcoûts importants, comme ceux observés lors de la crise énergétique de 2022.
Trouver le bon rythme pour préserver la filière
Entre excès et insuffisance, les scénarios intermédiaires apparaissent comme un compromis plus équilibré. Ils impliquent un ralentissement significatif du rythme de déploiement du solaire, tout en maintenant une activité suffisante pour préserver les emplois et les compétences industrielles. Cette transition suppose toutefois des ajustements délicats, notamment sur les mécanismes de soutien public et la gestion des nombreux projets déjà autorisés.
Parallèlement, les acteurs du secteur relativisent le risque d’actifs échoués à court terme, soulignant que les taux d’utilisation actuels restent proches des standards du marché. À plus long terme, une modulation accrue de la production et une meilleure coordination des arrêts semblent inévitables.
Au-delà du solaire, l’enjeu majeur reste la réussite de la stratégie d’électrification de l’économie. Selon RTE, stimuler rapidement la demande d’électricité par la décarbonation industrielle serait le levier le plus efficace pour résorber la surcapacité actuelle. Mais cette trajectoire, bien que souhaitable, demeure incertaine. Tout l’enjeu des prochains mois consistera donc à placer le curseur au bon endroit, afin de concilier impératifs économiques, climatiques et industriels sans compromettre la résilience du système électrique français.